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Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et Covid-19 : sommes-nous prêts ?

By Foussénou Sissoko
on February 20, 2020

Si le Covid-19 atteignait la région ouest-africaine où les hôpitaux et les laboratoires sont sous-équipés et en sous-effectifs, ce serait le scénario catastrophe. Rapport d’une réunion d’urgence à Bamako (14 Février).

Pas de patient atteint du Covid-19 pour le moment dans les 15 pays membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cet espace est pourtant peuplé de 360 millions de personnes avec une libre circulation des personnes et des biens garantie par la charte communautaire de 1979.

Si l’épidémie gagnait cette région densément peuplée abritant de multiples zones d’insécurité, avec des hôpitaux sous-équipés et en sous-effectifs, et seulement quelques laboratoires capables de détecter le Covid-19, ce serait le scénario catastrophe. En fait, jusque-là, seuls deux instituts dans deux pays, le Sénégal et l’Afrique du Sud, étaient capables de détecter le Covid-19, rejoints récemment par le Ghana, le Sierra Leone, le Nigeria et Madagascar. En outre, Si des cas de contamination sont avérés, la prise en charge des malades peut être compliquée car les systèmes de santé déjà défaillants pourraient être submergés. La plupart des établissements de soins africains, surtout ceux situés en dehors des grandes villes, sont dépourvus d’un nombre suffisant d’unités de soins intensifs pour prendre en charge ces patients infectés.

                                       Parer à toute éventualité

Pour parer à toute éventualité, les ministres de la santé des 15 pays membres de la CEDEAO se sont réunis le 14 février 2020 à Bamako, au Mali, sous l’impulsion de l’Organisation Ouest Africaine de la santé (OOAS) et du gouvernement malien. Il s’agissait d’élaborer une stratégie régionale d’anticipation pour mieux faire face à l’épidémie de coronavirus et éviter les écueils connus lors de l’épidémie à virus Ebola en 2014 et 2015.   

Comme le disent les spécialistes et experts africains des questions de santé publique, si Ebola se réveille bien souvent dans des zones excentrées et se retrouve rapidement circonscrit (mais pas récemment), le COVID 19 pourrait bien toucher des villes densément peuplées qui accueillent dans tout le continent un million de ressortissants chinois.

                  Face au Covid-19, renforcer la coopération transfrontalière

La recommandation forte de la réunion d’urgence à Bamako est : renforcer la coopération transfrontalière pour faire face à d’éventuels cas de coronavirus. « Il faut qu’on arrive à avoir une coordination transfrontalière », relève Michel Hamala Sidibé, ministre de la Santé publique et des Affaires sociales du Mali.

En plus de la coopération transfrontalière, les ministres ont convenu de la mise en place d’un mécanisme approprié pour prévenir et lutter contre le Covid-19. Un mécanisme décliné en huit (8) recommandations stratégiques :

  • Renforcer la coordination, la communication et la collaboration entre les Etats membres dans la préparation à l’épidémie à Covid-19.
  • Renforcer les mesures de surveillances aux points d’entrée, aériens, terrestres et maritimes.
  • Renforcer la communication pour garantir que le public reçoive des informations exactes, appropriées et en temps opportun concernant l’épidémie.
  • Renforcer d’urgence les capacités nationales essentielles pour le diagnostic et la gestion des cas.
  • Élaborer un plan stratégique régional de préparation chiffré basé sur les priorités des Etats membres.
  • Promouvoir les efforts nationaux multisectoriels en utilisant l’approche d’une seule santé (« One Health ») pour maximiser l’impact.
  • Mettre en œuvre les mesures pour assurer la disponibilité des fournitures médicales essentielles, y compris le matériel de laboratoire et les équipements de protection individuelle dans la région.
  • Travailler en étroite collaboration avec les autorités compétentes des gouvernements nationaux et le gouvernement chinois pour surveiller et assurer la situation sanitaire des citoyens communautaires résidant en Chine.

                   Prise en compte de la question sécuritaire

A l’analyse des différentes recommandations adoptées à l’issue de la réunion d’urgence, il apparait de façon notoire la non prise en compte de la question sécuritaire dans toute la région. Aujourd’hui, c’est une évidence que la situation sécuritaire reste instable dans tout le Sahel, où l’escalade de la violence et l’insécurité ont déclenché, selon les Nations Unies, une crise humanitaire sans précédent laissant 5,1 millions de Burkinabé, Nigériens et Maliens dans le besoin. Dans le bassin du lac Tchad, les attaques du groupe terroriste Boko Haram continuent de menacer la paix et la stabilité de la région.

Les ministres de la santé sont donc interpellés, en collaboration avec les autres départements ministériels, à une meilleure prise en compte de la question sécuritaire dans la mise en application de ces différentes recommandations.

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